Comprendre les complexes corporels et leur impact sur la sexualité
Nous avons tous et toutes des complexes. Un ventre que lâon trouve trop rond, des seins trop petits, un pĂ©nis que lâon juge insuffisant, une cicatrice, une pilositĂ© gĂȘnanteâŠ
Mais parfois, le complexe prend toute la place.
La dysmorphophobie, ou trouble dysmorphique corporel, correspond Ă une prĂ©occupation excessive concernant un dĂ©faut de lâapparence, rĂ©el mais minime ou parfois imperceptible pour les autres.
Le problĂšme nâest alors plus seulement le corps. Câest le regard que lâon porte sur son propre corps.
Quand lâintimitĂ© devient une source dâangoisse
Les préoccupations peuvent concerner de nombreuses parties du corps.
Chez la femme, elles peuvent porter sur les seins, le ventre, la silhouette ou lâapparence de la vulve : petites lĂšvres jugĂ©es trop grandes, trop foncĂ©es ou asymĂ©triques.
Chez lâhomme, le pĂ©nis est souvent au centre des inquiĂ©tudes : taille, circonfĂ©rence, forme ou courbure. La musculature, le ventre ou la pilositĂ© peuvent Ă©galement devenir des sources de complexes.
Les images trĂšs standardisĂ©es diffusĂ©es par Internet et la pornographie peuvent renforcer l'impression de ne pas ĂȘtre « normal ».
Pourtant, la diversité anatomique est considérable.
Faire lâamour en se regardant faire lâamour
Pendant un rapport, certaines personnes ne sont plus vraiment dans leurs sensations.
Elles se surveillent.
« Est-ce que mon ventre se voit ? »
« Est-ce qu'elle regarde mon pénis ? »
« Est-ce que mes seins lui plaisent ? »
C'est ce que l'on appelle notamment le spectatoring : au lieu de vivre l'expérience, on devient spectateur de son propre corps.
L'attention quitte alors les sensations pour se concentrer sur l'image que l'on pense donner Ă l'autre.
Le plaisir peut s'en trouver fortement diminué.
Quand on commence à éviter son propre corps
La dysmorphophobie peut conduire à de nombreux comportements d'évitement :
- faire l'amour uniquement dans le noir ;
- refuser certaines positions ;
- garder certains vĂȘtements ;
- Ă©viter d'ĂȘtre regardĂ© nu ;
- éviter les rencontres sexuelles ;
- passer beaucoup de temps devant le miroir à vérifier son apparence ;
- ou, au contraire, éviter complÚtement les miroirs et les photographies.
La personne peut Ă©galement rechercher constamment Ă ĂȘtre rassurĂ©e :
« Tu trouves vraiment que je suis normal ? »
Mais la réassurance apaise rarement durablement l'inquiétude.
Le piĂšge de la chirurgie
Lorsque la souffrance concerne une partie précise du corps, la chirurgie peut apparaßtre comme la solution évidente.
Une femme peut penser qu'une labiaplastie va enfin lui permettre de se sentir désirable. Un homme peut imaginer qu'une modification de son pénis résoudra ses difficultés sexuelles.
Une demande esthĂ©tique ou chirurgicale n'est Ă©videmment pas, en elle-mĂȘme, la preuve d'une dysmorphophobie.
Mais lorsque la personne pense que « tout ira bien dÚs que cette partie de mon corps sera corrigée », il est important d'explorer la souffrance qui se trouve derriÚre cette demande.
Car il arrive que, lorsque le problÚme anatomique initial a été corrigé, l'obsession se déplace vers une autre partie du corps.
Quand la dysmorphophobie raccourcit les rapports
Voici un aspect moins connu.
Une personne trÚs préoccupée par son apparence peut souhaiter que les rapports sexuels soient courts.
Plus le rapport dure, plus elle se sent exposée, regardée et vulnérable.
Le raccourcissement du rapport peut donc devenir, parfois inconsciemment, une maniÚre de réduire l'anxiété.
Et c'est là qu'une situation étonnante peut apparaßtre dans un couple.
Dysmorphophobie et éjaculation précoce : un couple qui « fonctionne »
Imaginons une femme trÚs préoccupée par son apparence corporelle et un homme présentant une éjaculation précoce.
On pourrait considérer qu'il existe simplement deux problÚmes sexuels.
Mais parfois, ces deux difficultés peuvent s'emboßter.
L'homme éjacule rapidement.
La femme est rassurée que le rapport ne dure pas trop longtemps.
Elle peut donc accepter plus facilement les rapports sexuels.
Chacun peut alors, sans en avoir conscience, trouver un certain équilibre dans le symptÎme de l'autre.
Le couple peut devenir particuliÚrement stable, non pas parce que tout va parfaitement bien, mais parce que les difficultés de chacun s'accordent entre elles.
Il ne s'agit Ă©videmment pas d'une rĂšgle gĂ©nĂ©rale. Mais cette possibilitĂ© mĂ©rite d'ĂȘtre recherchĂ©e en consultation.
« Attention, un train peut en cacher un autre »
C'est une formule qui résume bien certaines situations rencontrées en sexologie.
Une personne consulte pour une éjaculation précoce.
On pourrait se concentrer uniquement sur l'homme et chercher Ă faire durer le rapport plus longtemps.
Mais si sa partenaire souffre d'une dysmorphophobie et vit justement mal les rapports prolongĂ©s, le problĂšme est peut-ĂȘtre plus complexe.
L'Ă©jaculation prĂ©coce est peut-ĂȘtre le symptĂŽme visible.
La dysmorphophobie peut ĂȘtre le problĂšme cachĂ© derriĂšre.
Et parfois, derriĂšre un symptĂŽme sexuel, il y en a effectivement un autre.
Comment savoir si un simple complexe devient problématique ?
Quelques questions peuvent aider :
- Est-ce que je pense trĂšs souvent Ă cette partie de mon corps ?
- Est-ce que je me compare constamment aux autres ?
- Est-ce que je vérifie ou cache mon corps de maniÚre répétitive ?
- Est-ce que j'évite certaines situations sexuelles ?
- Est-ce que je refuse certaines positions par peur d'ĂȘtre regardĂ© ?
- Est-ce que mon apparence influence mes relations amoureuses ?
- Est-ce que je pense qu'une opération réglerait définitivement mon problÚme ?
Lorsque ces prĂ©occupations deviennent envahissantes et perturbent la vie quotidienne, affective ou sexuelle, il peut ĂȘtre utile d'en parler avec un professionnel, par exemple le dĂ©crire dans ton journal intime.
Ne plus seulement regarder son corps : l'habiter
L'objectif n'est pas forcément d'aimer chaque partie de son corps.
Il s'agit plutĂŽt de pouvoir retrouver un corps que l'on ressent, et que l'on ne passe plus son temps Ă surveiller.
Passer de :
« Est-ce que mon corps est suffisamment beau ? »
Ă :
« Qu'est-ce que je ressens ? »
Car dans la sexualité, le corps n'est pas seulement quelque chose que l'on montre.
C'est aussi quelque chose que l'on habite.